Quels sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?

Publié le par Zorba

Mon toubib me disait, ce soir, qu'on rampe vers une dictature.
C'est également mon impression.
Ce qu'il y a de sûr, en tout cas, c'est qu'on s'achemine vers un pouvoir personnel, de type premier consul, ou Napoléon III, arrivé au pouvoir par les urnes, maintenu par (les burnes ? -non !) la force.

L'environnement devient de plus en plus normatif, absolu, imperméable au raisonnement logique, fermé à la contestation.
On ne raisonne plus, on résonne.
Tous les jours, j'ai l'impression d'être un des rouages dans un roman de Kafka...
N'est-ce pas votre impression ?

Mon toubib me dit également, régulièrement quand je vais le consulter, qu'il n'a jamais autant vu de gens dépressifs, poussés à bout, harcelés. C'est aussi l'écho que m'a livré une autre toubib que je recevais aujourd'hui.

Avec une vie renchérie quotidiennement, des incertitudes, voire des menaces dignes de Damoclès au-dessus de nous ("quels sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes "), les soucis, le machiavélisme de nos chefaillons...
On s'approche des conditions de vie à l'époque de Louis XVI, non ?
Y a-t-il un Homme  -au sens de Diogène-, qui en ait dans la culotte ?

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Je ne résiste pas à l'indignation qui m'étouffe aujourd'hui.

J'ai été salarié, il y a de cela plus de 20 ans, dans le privé, dans une boîte qui se nommait Delta Diffusion. Lancée après 68 par des jeunes aux idées résolument de gauche, elle a essaimé depuis son berceau lyonnais, puis après la mort de Claude L., le directeur général, s'est développée en faisant de la croissance externe.
Terme pudique pour dire qu'on rachetait des entreprises, qu'on assimilait au fur et à mesure, afin de remporter des parts de marché face à la concurrence.
La ligne s'est durcie, sous la férule d'Alain G., un jeune loup aux dents très aiguisées. La société a prospéré, pour finalement s'offrir, telle une fille de joie, à la Poste, après sa constitution en EPIC. Contre menue monnaie sonnante et trébuchante.

Beaucoup de chefs de centre comme moi, à l'époque, râlaient. Mais les obligations alimentaires de la vie (les crédits notamment) ramenaient les rebelles à la "raison". Raison que nous vécûmes de plus en plus comme étant celle du plus fort.
Je ne sais pas pour les autres, mais moi je ne m'y retrouvais plus. J'avais été approché par la concurrence, mais avais rejeté les sirènes tentatrices par loyauté, malgré mon malaise intérieur.
Jusqu'au jour où on m'offrit le choix: soit une rétrogradation, soit la porte.
J'ai préféré la porte. C'était la solution la plus honorable. J'avais, de plus, le dynamisme de la vingtaine, un statut de cadre, et beaucoup d'ambition.
La vie s'est chargée de me faire redescendre sur le plancher des vaches.

Ceci pour amener la réflexion que nous faisait la direction à l'époque, lorsqu'on récriminait: "si vous n'êtes pas contents, allez pousser les caddies en face chez Carrefour".

On ne peut pas dire que la formule soit particulièrement élégante d'un strict point de vue psychologique; mais nous étions censés être de jeunes loups, et que l'électrochoc était une forme de stimulation.

Ce que je conçois moins, pour ne pas dire absolument pas du tout, c'est qu'un cadre A de l'administration, qui a pantouflé toute sa vie, me fasse le même genre de réflexion alors que je lui parle de conditions de travail difficiles.
Non seulement ça vient comme un cheveu sur la soupe, au cas particulier (expression favorite de nos amis fiscalistes -c'est d'ailleurs un tic de langage qui permet de les reconnaître...), mais en plus venant d'un pingouin frileux, ça me décoiffe !
C'est un outrage autant à l'intelligence qu'à la dignité.

La moralité de cette courte histoire, c'est que si ces fameux "cadres dynamiques de la nation" se permettent ce genre de propos malséants et nauséabonds, c'est qu'ils ont adopté la politique de notre résident de l'Elysée, et entendent bien la faire appliquer -sauf pour eux-mêmes bien évidemment- faut pas déconner non plus !
L'embrigadement est plus qu'en marche.

Voyez mon paradigme de la grenouille.
Réveillons-nous !

En mai 68, un des mots d'ordre était "pendre le dernier bourgeois avec les tripes du dernier capitaliste".
Je me propose de l'adapter en "pendre le dernier chefaillon A avec les tripes du dernier multimilliardaire coté en Bourse".

Amis de la culture, bonsoir.

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