La morale...

Publié le par Zorba

... enseignée en classe.

Je constate que, malgré le nombre de visites, le sujet n'a pas l'air de motiver grand-monde.
J'eusse aimé pourtant avoir des avis, différents ou concordants.
Tant pis, je me jette à l'eau.

Je ne sais pas vous, mais je fais partie de cette génération qui a connu mai 68 en culottes courtes (nous sommes donc les modernes "sans culottes"
  ;-).
C'était l'ère gaullienne, puis pompidolienne, avec des valeurs de rigueur, d'austérité et de respect -notamment de soi comme des autres.

Je ne critique pas mai 68. Ce fut un mal nécessaire, comme une crise d'adolescence. Je ne dis pas non plus qu'avant, c'était mirifique.
Cela correspondait tout simplement à une autre époque.

La France vivait ses "30 glorieuses", années de croissance pendant lesquelles il a fallu tout reconstruire après la guerre.
Les bras manquaient alors, et on en faisait venir par wagons entiers.
Mon père, émigré à l'époque, me racontait que, ayant quitté un patron le matin, il avait retrouvé du boulot avant le soir.

C'était l'époque, ô horreur! où seuls les foyers aisés possédaient un téléviseur, le plus souvent en noir et blanc; où les chaînes étaient au nombre de 2 (autant dire la préhistoire) et où l'on attendait le sourire de Denise Fabre pour décapsuler les bouteilles...

Le jour de congé pour les scolaires était encore le jeudi (d'où l'expression: la semaine des 4 jeudis).
On jouait à la marelle, aux indiens et aux cow-boys, au gendarme et au voleur, au docteur non conventionné avec la fille de la concierge. On allait au cinéma, voir des westerns ou des films comiques.
On se soulait à la grenadine ou à la menthe à l'eau. On claquait nos économies en bonbons et en ovomaltine ou nutella, qui venaient d'apparaître sur le marché...

Les adultes pour moi étaient des géants, sortes de martiens, tant ces entités gulliveriennes me paraissaient incompréhensibles et inaccessibles.

A l'école primaire en Alsace, la morale et l'enseignement religieux (catholique) étaient obligatoires, tout comme le tablier.
On commençait la journée par le Notre Père.
Le tablier gommait les différences sociales et économiques; on ne voyait pas les nombrils piercés, les culottes en dentelle dépassant des pantalons, les marques commerciales envahir notre univers...
-Non que je souffre de voir un joli petit bedon féminin, bien lisse sous deux petits tétons pointant sous un T-shirt, mais je trouve ça légèrement indécent. A l'école, on n'est pas à la plage. Et dieu sait que je ne suis pas bégueule du calcif !

Il est vrai qu'à l'époque, le chômage était marginal, quasi une fiction.
En province, les ghettos pour émigrés que constituent les barres HLM n'existaient pas. Je pense qu'en région parisienne, l'harmonie et le désir d'intégration gommaient les origines.

Il y avait bien quelques pétards qui circulaient, pâle rêve de Katmandou et de beatniks vivant dans des ashrams.
Mais ce n'était pas devenu une industrie comme de nos jours, où, pour garder une longueur d'avance, nos dealers font de la R&D pour concocter de nouveaux cocktails planant, qui défoncent un peu plus les esprits et les porte-monnaie.
La délinquance ? minime. Seuls quelques casses détonnaient dans les journaux -c'était l'époque de Mesrine.

Le sketche de Coluche "Gérard !!!" résume cette époque: ce qui faisait faire des trips, c'étaient les excédents vinicoles, de piètre qualité il est vrai: le gros rouge qui tache, voire le gros bleu, qui se mariait bien à la gauloise maïs ou diesel.

Je ne prône pas le retour de l'enseignement religieux. L'Alsace est une région un peu à part, du fait de son histoire.

En revanche, et vous l'avez compris, je suis pour un retour du tablier, qui est quand même moins astreignant -surtout au niveau intellectuel- que l'uniforme des écoles anglaises, par exemple.
Je suis navré, mais l'école n'est pas un défilé de mode, pas une plage, pas une boîte branchée. L'école républicaine, censée offrir les mêmes chances à tous, n'a pas à connaître la situation économique, sociale, ou religieuse de ses élèves.
Les élèves, quoi qu'ils affirment qu'on empiète sur leurs libertés (ce grand mot de l'adolescence !), ne sont pas là pour se vendre ni parader. Ils n'ont pas à faire de propagande. Ils ne sont pas là pour refaire le monde.
Ils sont sur les bancs pour apprendre un savoir et une citoyenneté.

Et on en arrive au 3ème volet, celui de la morale. Je suis dans le droit fil de mon raisonnement. L'école est censée fournir des citoyens adultes et responsables.

Mai 68 nous a appris le droit à la liberté: "jouissez sans entraves".
Mais la liberté suppose aussi une responsabilité, et des devoirs.

J'en vois tous les jours, arriver par paquets de 12, ouvrir une gueule de crocodile et brailler "j'ai des droits".
Oui, nous sommes d'accord; mais la contrepartie des droits ce sont les devoirs.
Et les gens n'aiment pas qu'on leur rappelle cette notion.
(Or, si ces gens ont des droits, j'en ai moi aussi. Surtout celui à la tranquillité. Qu'on ne vienne pas me pomper mon oxygène vital.)
Ils ont donc le droit de s'assumer et de remplir leurs devoirs d'abord, avant de réclamer.

Ca peut paraître un peu radical ce que j'affirme.
J'assume.
Mais dans la vie, la base de relations harmonieuses, c'est le "donnant-donnant".
On échange. Et c'est une preuve de respect.
Je donne au boulanger des sous que j'ai gagnés, et en échange, il me donne une baguette de pain qu'il a confectionnée.
Il ne viendrait à l'esprit de personne de normalement constitué d'entrer dans une boulangerie, et de gueuler: j'ai droit de manger du pain, donnez-moi mon pain !!!!
Eh bien, dans la vie, c'est pareil. Certains appellent ça le renvoi d'ascenseur. Ou le commerce. Ou le respect. En tout cas, il faut donner pour recevoir. Et, si on a reçu, il va falloir donner en échange.
Sinon, on ne vit pas en société.

Outre l'éducation privée familiale, les enfants pourront donc bénéficier d'exemples moraux à l'école. Ca les changera des pokémons ou autres figures de stars qui gagnent des salaires astronomiques pour se battre comme des chiffoniers dans les stades et nous vendre ensuite à la télé des petits pains ronds ou autres conneries du même acabit.
Et on peut espérer que les enseignants arriveront à extirper nos enfants de leur égoïsme et leur égocentrisme naturels...

Publié dans Citoyenneté

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